khoja banner

L'inspiration

« Karana »

Les Indiens à Madagascar sont désignés par le terme « Karana » ; autrefois écrit « Karany » il provient du terme « Coran » (qur’ân, faisant référence au Livre sacré de l’Islam car la majorité des Indiens de Madagascar est de confession musulmane). Une autre version avance le terme swahéli « karana » désignant un clerc, assimilant ainsi les Indiens à des « fonctionnaires subalternes » qui étaient, pourtant, déjà présents avant l’occupation coloniale. Le terme « Indo-Pakistanais » est totalement impropre car les Indiens de Madagascar sont tous d’origine indienne d’un point de vue géographique, culturel, linguistique et même historique, puisqu’ils sont originaires de l’État indien du Gujrât.

Le Gujrât

Le Gujrât est la région Nord-Ouest du sub-continent indien. Cette région est composée en grande partie par la presqu’île du Kathiawar, orientée sud-ouest et délimitée au nord par le golfe du Kutch et au sud par le golfe de Cambay à l’entrée duquel se trouve la ville de Surat. L’Inde, « le joyau de la couronne », était sous domination britannique au moment de leur départ ; domination qui allait s’achever en Août 1947 avec la proclamation de l’indépendance et la partition du sous-continent qui verra apparaître deux nouvelles nations : la Fédération Indienne et le Pakistan.

Emigration volontaire

Ce peuplement est une émigration volontaire des Indiens notamment vers les îles de l’Océan Indien et l’Afrique de l’Est qui se fit depuis le Gujrât avec quelques individus au 19ème siècle, et amplifié par des arrivées plus nombreuses de 1910 à 1915. L’histoire de la communauté d’origine indienne résidant aujourd’hui à Madagascar, en Afrique de l’Est, à l’ île de la Réunion, l’ île Maurice ne commence donc réellement que dans la deuxième partie du 19ème siècle, avec l’arrivée d’hommes seuls, suivis plus tard de leurs familles, qui vont progressivement se fixer sur place.
Cette émigration a une histoire tout à fait différente de celui de la Réunion ou de Maurice ou encore de celui de l’Afrique du Sud (« la troisième couleur ») où, pour pallier le manque de main-d’œuvre lié à l’abolition de l’esclavage en 1834, les autorités coloniales britanniques et françaises mettent en place l’émigration sous contrat : l’esclave « engagé volontaire ». Des dizaines de milliers d’indiens sont recrutés pour travailler en Afrique sur les champs, les mines ou encore à la construction de chemins de fer.

Trafic commercial

Ce peuplement est la conséquence d’un trafic commercial le long des côtes arabes et africaines bien avant la période coloniale occidentale. Vasco de Gama en 1498, dans son journal de bord mentionne la présence de boutres indiens dans le canal de Mozambique. Il en était de même des boutres arabes dont les routes maritimes allaient des côtes du Yémen jusque Zanzibar, pendant un temps siège du sultanat d’Oman en passant par les émirats actuels. Ces boutres suivaient l’inversion saisonnière des vents de mousson : les armateurs indiens mettaient à profit la « mousson descendante, mousson d'hiver » pour envoyer leurs boutres remplis d’étoffes spécialité de l’état du Gujrât vers les côtes africaines.

« mousson montante, mousson d'été »

La vente réalisée, ils remplissaient les cales de produits africains et attendaient la « mousson montante » pour repartir en Inde pour réaliser sur place leur deuxième vente. Les boutres arabes avec leur voile triangulaire caractéristique que l’on voit encore dans le port de Majunga sont toujours en activité mais désormais supplantés par les navires modernes et le transport par voie aérienne. Qui songerait aujourd’hui à prendre un boutre ou une goélette pour aller de Majunga à Dubaï ? personne … c’est précisément cela et même plus qu’ont fait nos ancêtres il y a à peine quatre ou cinq générations.

Ambanoro

Les comptoirs commerciaux indiens se sont développés de part et d’autre du Canal de Mozambique. Pour ce qui est de Madagascar, c’est le nord-ouest de l’île, autour de Majunga qui sera le berceau de cette implantation. Le sud de l’île verra l’arrivée de ces commerçants un peu plus tard à Ambovombe, Tuléar bien que la présence de boutres indiens ait été signalée par les portugais, là encore, bien avant la colonisation française. Le village d'Ambanoro qui s'appelle aujourd’hui « Marodoka » (« beaucoup de magasins ») sur l’ île de Nosy be, comptoir aujourd’hui désaffecté, témoigne parfaitement de l’intensité de ces échanges commerciaux, de la puissance des armateurs indiens et de leur esprit d’entreprise.

Capacité d’adaptation

En dernière analyse, c’est finalement une formidable capacité d’adaptation qui est leur caractéristique première ; ils déploient leurs activités et les étendent dans tous les domaines au gré des circonstances favorables ou non avec une efficacité remarquable. La re distribution de cartes de l’après-guerre et surtout les décennies troubles qui suivront la période de décolonisation mettront à rude épreuve leur position d’étrangers dans les pays où ils sont nés. Le succès du re déploiement vers l’Europe et les pays occidentaux démarré dans les années 1970 témoigne encore de cette capacité d’adaptation : il aura fallu moins d’une génération pour s’adapter, intégrer dans un nouvel environnement géographique, physique, culturel, linguistique, économique… pour y exceller.

Une histoire singulière

Ces communautés très vivaces aujourd’hui dans toute l’Afrique de l’Est, à Madagascar, à La Réunion à Maurice, en France, en Europe et plus récemment en Amérique du Nord et dans les Emirats Arabes Unis avancent résolument dans la lancée de leurs ancêtres. Il faudra attendre la fin du vingtième siècle pour que cette histoire singulière soit tracée, étudiée, analysée, écrite et que les indiens eux-mêmes ne s’y intéressent. Ils n’ont pas su garder une trace écrite de leur propre histoire : pas d’écrits à part les registres des Jamaat, peu de documents, peu de photos.

Sophie BLANCHY, Tamim KARIMBHAY, Zoulfiqar VASRAM...

Cette histoire fera l'objet de thèses d’études, de recherches dans les années soixante pendant l'ére coloniale, puis plus tard à partir des années 1990 ; elles seront réalisées par des universitaires européens ou encore par les petits enfants de ces pionniers. On peut citer notamment les travaux de Sophie BLANCHY, « Karanas et Banians » ou les articles, romans et travaux de l’historien réunionnais Tamim KARIMBHAY, « Année 2043 : Autopsie D’une Mémoire », ou encore les écrits récents de Zoulfiqar VASRAM à Majunga.

« Nadzou master »

Khojaheritage propose d'évoquer le quotidien de ces hommes et femmes qui en quelques générations ont été capables de faire le lien entre Supedi, Porbandar, Majunga, Ambovombe, Tananarive, Mayotte, Zanzibar, Paris, New-york, Boston ... Il est dédié à la mémoire de ces pionniers gujrâtis et plus particulièrement à Nazaraly AMARSY, « Nadzou master ». Témoin de son époque et de sa propre histoire, il avait compris la nécessité de fixer les images du quotidien et collectait dès les années 1950 les photos prises dans les familles ou lors des grandes cérémonies. Alihoussen PIRBAY et lui avaient avaient acquis dès les années 1960 une caméra 8mm pour filmer les grands événements de la communauté ainsi que les scénes de la vie quotidienne.

Les familles Daya, Guelah, Karim, Laldjee, Pirbay, Sondarjee, Badouraly Alimamod Premdjee

Mon pére avait beaucoup de plaisir, dans ces années là, à retrouver ses amis d’enfance devant le magasin Laldjee pour commenter les photos qu'il avait collectées, notamment à son ami Hassam Nandjee, qui, aveugle dès son jeune âge, comptait sur ses amis pour apprécier ces photos de leur enfance. Les familles Daya, Guelah, Karim, Laldjee, Pirbay, Sondarjee et surtout Monsieur Badouraly Alimamod ("Badour Photo") ont contribué à enrichir cette collection. Nous les en remercions.

KhojaHeritage

Ce site, deuxième du nom pour faire revivre cette histoire, est créé pour être le prolongement de cette action et fondé sur la collection qu’il nous a léguée. Nous espérons avoir d’autres apports enrichissants suscités par la sensibilisation de nos compatriotes à leur propre histoire, notamment du Nord de Madagascar, mais également d’horizons plus éloignés ou les Khojas sont installés, et que cette démarche ne reste pas isolée.

Remerciements

Cet éditorial emprunte une large part aux articles publiés par différents auteurs sur Internet. Citons en particulier Patrick RAJOELINA, Tamim KARIMBHAY, l’association Ambre qui fait un travail remarquable à Diego Suarez, le blog du Pr Pierre LACHAIER et plus près de nous le travail de Zoulfiqar VASRAM à Majunga. Tout d’abord merci à eux tous; vous, lecteur, n’hésitez pas à consulter leurs travaux ; vous verrez également que beaucoup d’auteurs se sont intéressés à ce sujet.

La conception, la réalisation

Goulam et Mamod AMARSY

Ce projet est né dans les années 1990. Il s'est consacré à retracer la généalogie des familles issues des pionniers partis du Gujrât à la fin du 19ème siècle; familles étroitement imbriquées comme vous le savez. Elles sont à Madagascar, La Réunion, Maurice, plus généralement en Afrique de l'Est et en Occident depuis une quarantaine d'années.
Le projet "Généalogie" s'enorgueillit aujourd'hui d'une base de données de 11 000 individus; 22 000 individus si nous comptons son extension en cours avec les communautés d'Afrique de l'Est.
Le deuxiéme objectif du site est de collecter et documenter des photos et des documents, toutes traces écrites de notre passage et de notre cheminement dans ces pays.

Il est la continuité de ce que notre père avait déjà entrepris dès les années 1950 à Tuléar en recueillant les photos qu'on voulait bien lui confier. Il nous a légué la collection qui constitue le fonds de départ de ce site et que vous découvrirez au fur et mesure des insertions réalisées.
Il nous a également insufflé cette envie de témoigner.

Le travail de terrain

Nassrine et Salim AMARSY

La base généalogique constituée par Khojaheritage est aujourd'hui un outil de référence dans notre communauté.
C'est le fruit d'un travail de fourmi rendu extrémement difficile par la jeunesse de notre état civil; nous le savons tous : il est courant de trouver dans une même famille des fréres et soeurs, des cousins qui portent des patronymes différents.
Malgré ces difficultés, Nassrine et Salim AMARSY ont collecté patiemment les états civils de 11 000 individus; ils les ont ensuite reliés, ce qui permet d'établir les liens de parenté. Avez vous déjà essayé de calculer dans notre base votre lien de parenté avec Mr ou Mme X ? faites le en incluant les liens par alliance; vous serez étonné. Nos familles sont étroitement imbriquées, nous nous en doutions; en voici maintenant la preuve.
Un grand Bravo à Nassrine et à Salim qui continuent leur travail. Ils comptent sur votre coopération.

L'oeuvre collective

Si l'inspiration, la conception et l'animation de ce projet sont individuels, la richesse de son contenu est le fruit d’un travail collectif car elle fait appel à la mémoire de tous les membres de la communauté. Un très bel outil existe aujourd'hui pour relier les gens et faciliter les échanges de documents et informations entre nous : Internet.
Le premier "KhojaHeritage" avait été bâti dans cet esprit et ces techniques. Il a été tué par la face cachée de ces mêmes techniques car il a succombé aux attaques incessantes de spams, virus et autres chevaux de Troie. L’essentiel a été préservé : la base généalogique constituée qui est aujourd'hui un outil de référence dans notre communauté ,fruit du travail inestimable de collecte réalisé pour beaucoup par Salim AMARSY et son épouse Nassrine.

C'est ce projet qui renaît en intégrant l'état de l'art des techniques actuelles et la propagation de l'Internet : il y a 10 ans, envoyer une photo en haute definition à partir de Tuléar n'était pas chose aisée... Cette deuxième version peut donc être ambitieuse et aller encore plus loin dans les fonctionnalités proposées.
Nous avons découvert des passionnés de cette histoire qui ont accumulé et documenté des photos de leur ville et toutes les traces de notre passage ainsi que, tout simplement, du passage du temps. Citons Kirith VALABDAS, Ikbal PIARALY MAOUDJEE, Zoulfiqar VASRAM et d’autres qu’il nous tarde de connaître. Vous pouvez apporter votre contribution à ce travail pour l’enrichir et le documenter. Venez encourager le travail que plusieurs personnes réalisent déjà. Manifestez vous, transmettez nous vos photos et documents de plus de trente ans témoignant du passage de nos ancétres et de ce qu’ils ont réalisé.

L’équipe de KhojaHeritage : khojaheritage@gmail.com